dimanche 14 juillet 2013

L'intégration des communications, voir au-delà de ce qui nous sépare entre communicateurs et gens de marketing

Je suis une pure et dure des coms; je déteste quand on me dit que je fais du marketing... non mais je ne suis pas dans la vente, mais dans la relations avec les différents publiques! Je me questionnais aussi, dans mon essai, sur la place que devait occuper les médias sociaux sociaux au coeur d'une organisation : sous les RP ou encore avec le marketing et la pub? Cet article a fait évoluer ma façon de voir les choses, sans toutefois y trouver une réponse toute faite. Bonne lecture, et désolée de la saveur plutôt «universitaire», mais je croyais pertinent de garder cette rigueur :)


Smith, Brian G.  19 juin 2012. Communication integration : An analysis of context and conditions,
In Public Relation Review 38 (2012) 600-608

Fiche de lecture

L’auteur veut démontrer l’importance de l’organisation du travail dans l’intégration des activités de marketing et de relations publiques, sachant que la principale différence entre les deux disciplines réside dans les publics cibles, le marketing étant intéressé par les ventes et les relations publiques par tous les publics qui ne sont pas déjà des clients. Toutefois, avec notamment la venue des médias sociaux, la communication intégrée devient incontournable. Cet article s’adresse aux professionnels de la communication et du marketing, ainsi qu’aux étudiants et chercheurs du domaine.

Revue de littérature – cadre théorique

Smith expose les deux façons dont la communication intégrée a été traitée dans la littérature, soit comme un processus plutôt mécanique et l’autre comme une philosophie.

Dans les recherches sur les modèles d’intégration, on dénote que l’intégration peut être orientée vers le marketing ou encore davantage vers les relations publiques, selon le type d’organisation. Smith conclut que les chercheurs sont d’accord sur le fait qu’aucun modèle ne convient en toutes circonstances et que l’organisation devrait simplement utiliser celui qui sert le plus les objectifs de l’organisation. Smith souligne la divergence d’opinions entre certains chercheurs qui mettent de l’avant le fait que le marketing doit se réinventer comme une seule fonction de relations publiques et d’autres, qui se préoccupent de la diminution de l’importance du rôle joué des relations publiques dans le cadre d’une union avec le marketing.

L’auteur met de l’avant que la fusion des fonctions de communication est plus que jamais d’actualité avec l’émergence des technologies digitales, en particulier les médias sociaux. Les deux fonctions luttent pour s’adapter et la communication intégrée a même été vue comme une réponse à l’émergence de la communication digitale étant donné le chevauchement des rôles et disparition des barrières entre les disciplines.

Smith fait le constat, après cette revue de littérature, qu’il est possible que l’intégration de la communication représente davantage une philosophie managériale qui démontre un pont entre les deux disciplines plutôt que l’étude des frontières entre elles.

Démarche méthodologique

Smith fait d’abord une revue de la littérature scientifique à l’aide de plusieurs articles et ouvrages d’auteurs du domaine du marketing et des relations publiques afin de théoriser l’esprit de l’intégration et de mieux définir le concept de communication intégrée.  Avec ces considérations, Smith entreprend une étude de cas pour décrire la façon dont ces éléments contextuels soutiennent l’intégration des communications. L’exemple choisi est un centre hospitalier du sud des États-Unis reconnu nationalement. Smith interroge dix professionnels des communications de l’hôpital, incluant le directeur du marketing, le directeur des relations publiques, le directeur et leurs employés. L’auteur décrit la structure des services de communication ainsi que leurs caractéristiques.

Résultats

Smith démontre que selon les études sur le sujet, une structure organisationnelle ouverte qui accorde de la valeur au dialogue, à la flexibilité et à la collaboration, comme l’a déjà montré Grunig (2002) dans son étude sur l’excellence, peut faciliter l’intégration.

Smith met de l’avant une perspective postmoderniste des communications ayant différents principes comme le refus de faire les choses d’une seule façon, ou la sensibilité aux groupes marginalisés. De plus, l’environnement des organisations qui est de plus en plus complexe nécessite une variété d’outils et un contrôle décentralisé, contrairement à l’idée reçue que l’intégration nécessite une seule structure de contrôle. De plus, l’auteur remarque que, même si l’intégration des communications à l’hôpital fut initiée par la direction, elle est opérée du bas vers le haut (bottom up).

À partir de son étude de cas, Smith présente une liste de facteurs pour illustrer l’intégration des communications dans une organisation. Il les divise selon qu’ils sont d’ordre mécanique ou philosophique. L’auteur croyait qu’ils seraient difficiles d’identifier les variables décrivant la philosophie, mais il constate le contraire. Par exemple, dans l’étude de cas, le système social ouvert est notamment démontré par les conversations informelles ou le niveau de confiance entre les praticiens des deux disciplines.

Le recours à la connaissance des individus et à leur jugement est aussi un facteur clé dans l’intégration des communications qui a été perçu par Smith.  Aussi, la flexibilité est en général très prisée dans les communications de l’hôpital notamment pour occuper des rôles hybrides qui transcendent les lignes départementales.

Dans un contexte où la priorité de l’hôpital est de servir les intérêts des patients, la communication de l’organisation semble poursuivre cette mission et influence l’intégration des services.

Discussion

L’une des perspectives les plus intéressantes amenées par l’étude de Smith, et qui va à l’encontre de son cadre théorique, réside dans le fait que les services de communication d’une organisation peuvent être décentralisées tout en étant considérées comme intégrées. Dans le cadre de son programme d’excellence en relations publiques, Grunig (2002) mentionne que les relations publiques doivent avoir des fonctions distinctes du marketing et que l’une ne pourra jamais faire les tâches de l’autre sans nuire à la mission de l’organisation. Avec comme cas de figure l’hôpital analysé par Smith, où les deux fonctions sont chapeautées par un département différent, on peut se demander si la gestion divisée des communications et du marketing n’est pas à considérer comme un obstacle à l’intégration, mais plutôt une valeur ajoutée. De plus, il se peut que cet exemple soit assez éloquent pour nuancer les revendications de Grunig[1] dans une ère où les médias sociaux obligent les deux disciplines à collaborer.

Dans une autre étude, il serait intéressant d’évaluer concrètement les impacts de ces efforts de communication intégrée auprès des publics plutôt que de s’attarder exclusivement aux résultats perçus par la direction et les praticiens à l’interne.




[1] Grunig, Larissa, A. 2002. Excellent Public Relations and Effective Organizations : A Study of Communication Management in Three Countries. Mahwah, N.J. : Lawrence Erlbaum, 653 p.

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